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Chabatz d'entrar ! (*)

(*) Depuis des temps anciens, Chabatz d'entrar est l'expression qui accueille le visiteur chez les Limousins. Elle se traduit par "Finissez d'entrer".

 

Michel-François Lavaur rassemble ses poèmes biligues dans la série des Aubiat. Il s'agit là d'une variante de la langue occitane. On retrouve dans ses poésies tout son amour de cette Corrèze aux prés verdoyants où paissent les brebis, de ce Quercy de son enfance avec ces causses aux sols arrides où la moindre herbe semble souffrir pour pousser. Il n'y a pas de nostalgie dans ces textes mais seulement l'envie de transmettre une douceur de vivre, une mémoire aux siens de leurs ancêtres, qui dans le cantou contaient les souvenirs du passé.
Cette langue des troubabours, le poète la manie avec une infinie sensibilité.

 

Celui qui ne sait pas qu'on prononce le « o » dans les vieilles chansons de nos troubadours, comme se lit le « ou » de la langue française,
ne peut pas pénétrer au cœur de leur langage et se trouver chez lui. Il faut évidemment en savoir un peu plus pour comprendre et aimer, aujourd'hui, leur parler clair ou secret, mais ce simple détail fut la clé qui m'ouvrit leur porte amicale.
o = ou ; ò = o ; e = é, (parfois i, ou è) ; a = entre a et o ; nh = gn ; lh = ill ; la consonne finale se prononce rarement dans les verbes, mais s'entend dans la plupart des substantifs ; il y a diérèse (séparer les voyelles) ; ...si vos mots diffèrent, prononcez-les comme chez vous...
(Ma version française est plus une composition parallèle qu'une traduction littérale.)

Les traductions des poèmes apparaissent en vert



CHABATZ D'ENTRAR...

N'ai pas cap de cledon
de varruelh de chadena
per barrar l'ostal nòstre
ont vos ai botat coma
un fuec dejos las cendras
un cabecon sul fen
a madurar aqueus
bocins de poesia (*).

Si voletz veire viure
enquera nostra lenga
davant que siaja mòrta
vos vau laissar las claus.
N'avetz mas a possar
la pòrta de paraulas
estrangieras emb
una enveja de legir.


ENTREZ, JE VOUS PRIE...

Je n'ai pas de portail,
de verrou ni de chaîne,
pour fermer la demeure
où j'ai mis en réserve, comme
un feu sous la cendre
ou, sur le foin, le fromage de chèvre,
à mûrir lentement
ces petits bouts de poésie.

Si vous voulez voir vivre
encore notre limousin,
avant qu'il ne soit lettre morte,
je vous laisse les clés.
Poussez seulement
cette porte de paroles
étrangères avec
l'envie de lire.


Per Marcela Delpastre

Quau me dira quora
tornarà l'ausel
leugier e vestit de plumas
en escharpilhats de luna

lo sol que pòt esvelhar
las pòtas de la prima
endormida jos belier
l'ausel de fuech aquel
que l'estiu potona ?

Vent de mes-mòrt
abalhaire d'estialas
fums e gial de l'avent
sejaires d'arcana
l'ausel de clartat
vos vendrà rebondre.

Pour Marcelle Delpastre

Qui me dira quand
reviendra l'oiseau,
léger et vêtu de plumes
en copeaux de lune.

le seul qui peut éveiller
les lèvres du printemps
endormi sous février,
l'oiseau de feu,
celui que l'été embrasse ?

Vent de novembre,
gauleur d' étoiles,
brumes et gel de l'avent,
faucheurs d'arc-en-ciel,
l'oiseau de clarté
vous enterrera.




L'ausel de las polas
tornara deman.
Mesfia-te de l'ombra
del voler d'efant.

Quo es a l'ora chauda
- prandiera prionda -
qu'una serp de mòrt
boidarà lo niu.

L'oiseau des poules
reviendra demain.
Méfie-toi de l'ombre
du voleur d'enfant.

C'est à l'heure chaude
-sieste profonde-
qu'un serpent de mort
videra le nid.


Una serp de mòrt
(Un serpent de mort)

Aqueus qu'aman los chats
pòdon pas far
causa comuna
emb aqueus qu'aman los ausels.

N'aguei un tan blond tan brave
qu'auriatz dich un chat-escuròl
s'èra pas estat tan bel
quand montavá aus aubres.

Sa beutat èra tan pura
dins quel long pialatge
qu'èra pris d'estrambòrd
res qu'a l'agachar.

Sa doçor calinhosa
quand quò li preniá
me faguet comprener coma
l'òm pòt aimar un sagnaire.

Los parpalhs-ros e las zenzilhas
los passerals e las verdaujas
las grivas los reidebelets
tota la gent qu'alajeta
del pibol al pinhier
del jargàs a la lauriera
avian a crenher aquel chaçaire.

E pòde pus aura qu'es mòrt
oblidar quela vartat :
dins tot òme sus la terra
i a un chat e un ausel
que se fan la guerra
chadun emb sas armas
e zo chal saber
e los chal tanben
ajudar tos dos
per poder viure uros.

Ceux qui aiment les chats,
ne peuvent pas faire
cause commune
avec ceux qui aiment les oiseaux.

J'eus un chat, si blond, si beau
qu'on eût dit un écureuil,
s'il n'avait pas été si grand,
quand il montait aux arbres.

Sa beauté était si pure,
dans ce long pelage,
me prenait d'enthousiasme,
à seulement le regarder.

Sa douceur caressante,
quand ça le prenait,
me fit comprendre comment
on peut aimer un égorgeur.

Les rouges-gorges, les mésanges,
les moineaux, les verdiers,
les grives, les roitelets,
toute la gent qui volète,
du peuplier au pin,
de l'aubépine au laurier,
avaient à craindre un tel chasseur.

Maintenant qu'il est mort,
je ne peux oublier cette vérité :
dans tout homme sur la terre,
il y a un chat et un oiseau
qui se font la guerre,
chacun avec ses armes.
Il faut le savoir,
et il faut aussi
les aider tous deux,
pour pouvoir vivre heureux
.


 

 





Candinéroux

Haiku

Begueï, hasan o jal
quò-es totjorn el que chanta
per far levar las polas.

Quelque nom qu'on lui donne,
au coq, c'est toujours lui qui chante
pour faire lever les poules.

("Begueï, hasan" ou "jal" sont les noms donnés au coq dans différentes variantes de l'occitan)

 



Podem podar.
Las romecs, quò-es ?
maï que maï.

On peut couper.
On sait les ronces
si increvables.

 


Nuech negra. L'arluciada
esclaira lo chamin.
Tot torna negre !

Nuit noire. La foudre
éclaire le chemin.
Et tout redevient noir.


La graula a degun
porta pas malur.
S'en torna endacòm.

Jamais la corneille
n'a porté malheur.

Elle va quelque part.

 


La feda a lunetas
poda sa pradèla
tant pialada qu'ela.

La brebis du Causse
broute un bout de pré
aussi tondu qu'elle.

 



Dos costats. Duas vartats.
Dins tota medalha.
Aïco dobla faça ?

Deux côtés. Deux vérités.
Dans toute médaille.

Haïku réversible ?.

 


Sul cledon de la prada
una graula obledada
per la neu e la brada..

Sur le portail du pré
une corneile oubliée
par la neige et le givre.


L'odor de la brejauda
sul chamin de l'ostal..
Tot lo bonur de viuvre

L'odeur de la soupe
sur le chemin de la maison.
Tout le bonheur de vivre.


N'arrestem pas de chabridar
disia la vielhòta -mai benleu
al cial montarem pas !

Nous grimpons sans arrêt
disait la petite vieille -et peut-être

qu'au ciel nous ne monterons pas!.

 

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